PROLOGUE & CHAPITRE 1
One Day, Day One cover
Un extrait offert par
L.D BRADLEY
L'AUTRICE

Mot de Laura

À toi qui ouvres ces pages,

Pendant longtemps, j'ai écrit pour moi seule. Il m'a fallu des mois avant d'oser appuyer sur « publier », tant j'avais peur d'exposer mes mots au regard des autres, de livrer une part de moi à travers ces romances.

Mais je crois profondément en une chose : l'amour, sous toutes ses formes, peut être un refuge, une lumière, parfois même un salut.

One Day, Day One, c'est l'histoire d'Eydan, dix-sept ans, qui fait tout pour paraître « normal », jusqu'à se faire passer pour le parfait hétéro, avant de découvrir qu'il a passé sa vie à se mentir à lui-même.

C'est l'histoire d'Eliott, qui pensait ne plus jamais aimer, et qui va pourtant découvrir que la vie a encore de belles surprises à lui offrir.

C'est l'histoire d'Elystair, le jumeau silencieux et discret d'Eydan, qui préfère parler aux loups plutôt qu'aux humains, souvent trop enclins à juger.

C'est l'histoire d'Amber, qui n'a plus de voix, mais qui voit tout.

Dans cette double romance, tu trouveras un garçon qui apprend enfin à être lui-même, un consentement traité comme un véritable acte d'amour, des jumeaux indissociables et des premiers amours bouleversants.

J'espère qu'au fil de ces pages, tu t'y sentiras chez toi.

L.D Bradley
PERSONNAGES

Tu vas rencontrer…


Eydan « Eyd » Deaglan· 17 ans

Le jumeau lumineux. Champion de natation, populaire, en couple avec Rachel sans vraiment savoir pourquoi, Eydan donne à tous l'image d'une vie parfaitement maîtrisée. Pourtant, derrière les apparences, un mal-être silencieux le ronge. Jusqu'au jour où un nouveau voisin emménage de l'autre côté de la rue… et où un simple regard suffit à faire vaciller tout ce qu'il croyait être.

Eliott Jay· 18 ans

Le voisin trop parfait. Blond platine, yeux bleu glacier, Eliott débarque de New York avec sa sœur Amber et une famille en pleine implosion. À dix-huit ans, il a déjà l'impression d'avoir tout vécu, tout perdu… et n'aspire plus qu'à une chose : partir. À la fin de l'été, son entrée à Princeton doit marquer un nouveau départ, loin de son père et de tout ce qu'il voudrait laisser derrière lui. Mais cet été pourrait bien bouleverser tous ses plans.

Elystair « Elys » Deaglan· 17 ans

Le jumeau silencieux. Sauvage, brillant, bien plus à l'aise dans la forêt que sur les bancs du lycée, Elystair a toujours été à part. Dans le village, beaucoup le regardent comme une anomalie. Lui préfère les ignorer, se taire et se réfugier auprès des animaux, là où le silence ne juge pas. Jusqu'au jour où une fille s'assoit à sa table en sciences et lui apprend qu'il existe d'autres façons de parler.

Amber Jay· 16 ans

Muette depuis un accident, Amber communique à travers un carnet, son téléphone et la langue des signes. Son handicap ne l'empêche pourtant pas d'avoir du caractère ni de s'exprimer pleinement, même face à ceux qui préfèrent rester hermétiques à ses remarques. Entre conflits familiaux, problèmes de santé et histoires de cœur, Amber a parfois peur de ne pas parvenir à répondre aux attentes de tout le monde.

PARTIE
I

« Cette forêt, c'est ma maison. »

1
Prologue
5 ans plus tôt
Elystair

Trois heures se sont écoulées depuis que nos parents se sont enfermés dans leur chambre, accompagnés de la sage - femme, pour que notre mère accouche de notre petite sœur. Pendant ce temps, avec mon frère jumeau, Eydan, nous attendons sagement dans ma chambre.

— Tu penses que ça va durer encore longtemps ? je lui demande, ma tête reposant sur son épaule, tandis que mes yeux parcourent la forêt canadienne à travers la fenêtre.

— Je ne sais pas... murmure-t-il en prenant ma main dans la sienne pour se réconforter. Ça ne fait que trois heures. J'ai lu un livre qui disait que les accouchements peuvent être très longs.

— Ok, alors je vais aller faire un tour dans la forêt, je le préviens en me levant pour mettre mes baskets. Je préfère marcher pieds nus, mais maman insiste pour que mes pieds restent « bien au chaud et en sécurité ». Alors, même si je trouve cela plus embêtant qu’autre chose, je me plie à sa volonté.

— Si tu veux. Mais ne t'éloigne pas trop. Je viendrai te chercher dès qu'il y aura du changement, me dit Eydan, sachant pertinemment qu’il ne réussira pas à me faire changer d'avis. Rester enfermé dans une maison n'a jamais été mon genre. Je suis comme notre père à cet égard. La nature est notre élément, là où nous nous sentons entièrement nous -mêmes. Pour moi, c’est un lieu de liberté.

2

Un endroit où je peux agir à ma guise, être qui je veux, sans craindre le jugement des autres. Connaissant la forêt comme ma poche, je m’octroie le luxe de flâner, accordant peu d’attention à ma destination. Cependant, lorsque des plaintes de douleur se font entendre, je me concentre sur tous ceux qui m'entourent. Alors que je réalise que je suis al lé plus loin que convenu avec Eydan, une vague d’inquiétude naît en moi, mais je la chasse aussitôt de mes pensées. Je me concentre de nouveau sur les plaintes, me laissant guider par elles. Ignorant la voix de ma mère dans ma tête me mettant en garde, je continue à m'avancer, conscient que, si un louveteau est en détresse, sa mère ne doit pas être loin.

Malgré cela, je poursuis mon chemin et localise rapidement un louveteau blessé, sa patte emprisonnée dans un piège. J'accours auprès de lui, mettant de côté mes inquiétudes. Grâce aux enseignements de mon père, je le libère. Cependant, à peine dégagé , je réalise l'étendue des dégâts. Une plaie profonde laisse s’échapper beaucoup de sang, et il me semble que la patte est cassée en au moins deux endroits. Mais ce qui m'afflige le plus, c'est sa souffrance manifeste. Incapable de supporter sa détresse, je m'agenouille pour le prendre dans mes bras, bien décidé à le ramener à la maison pour lui prodiguer les soins nécessaires. Alors que je commence à me pencher, le bruit de branches qui craquent me fige sur place. Je regrette presque de ne pas avoir écouté la petite voix de ma mère me conseillant d’être raisonnable et d’aller chercher des adultes. Je me tourne vers le bruit, m’attendant à voir la mère du louveteau, mais il n’en est rien. Ce sont en fait cinq autres bébés loups, assis ensemble, qui me fixent sans agressivité. Avec précaution, je m’agenouille et prends le petit blessé dans mes bras. Puis, je me redresse et fais demi-tour.

Mais je n'ai pas fait deux pas que les cinq autres se mettent à me suivre.

— Non, non, vous, vous devez rester là. Votre mère va revenir, je leur ordonne en faisant des petits signes de la main pour les encourager à s’éloigner. Malheureusement, mes efforts restent vains. Finalement, après une brève hésitation, je reprends mon chemin, suivi par la petite troupe. J’accélère lorsque celui que je porte se met à gémir de plus en plus fort de douleur.

3

Même si je suis allé plus loin que prévu, mon mètre soixante-douze et mes longues jambes, pas très communes pour un garçon de douze ans, me permettent de rentrer à la maison en moins de dix minutes. Cependant, ce court trajet a été suffisant pour que mon t-shirt se retrouve trempé de sang. Je n’ai pas fait deux pas à l'extérieur de la forêt que je vois mon frère se précipiter à ma rencontre.

— Mais où étais-tu ? Je t'avais dit de ne pas t’éloigner. Papa et maman étaient morts d’inquié... commence-t-il à s’écrier, en courant vers moi, avant de s’arrêter net en voyant mon état, son visage devenant aussi blanc que le haut qu’il porte.

— Pourquoi avaient -ils peur ? je lui demande en poursuivant ma route. Ils savent très bien que je connais cette forêt mieux qu’eux. Et je n’aurais jamais trouvé ce bébé si j’étais resté à proximité, j’ajoute en passant à côté de lui.

— Elystair ! s'écrit notre père. Il se précipite vers moi pour me prendre dans ses bras, mais s’interrompt lorsqu’il remarque le loup. Il secoue alors la tête tout en portant les doigts à ses tempes.

— Elystair, on te l’a déjà dit, tu ne peux pas ramener tous les animaux blessés que tu trouves à la maison. Surtout pas des loups, me réprimande -t-il d’un ton calme, tout en soulevant prestement mon t-shirt pour s’assurer que le sang est bien celui du louveteau et non le mien.

— Je vais bien, je le rassure en me dégageant doucement de ses mains, n’étant pas très friand des câlins et autres marques d’affection. C’est de lui qu’il faut s’inquiéter, je lui indique en faisant un signe de la tête vers le bébé que j’ai baptisé Wood en chemin. Sa patte s’est retrouvée coincée dans un piège. Je ne pouvais pas le laisser là-bas. Elle a l'air assez abîmée. Tu penses que maman pourra s’en occuper ?

— Oh, mon grand, qu'est-ce qu'on va faire de toi ? souffle- t-il, souriant, en ébouriffant mes cheveux. Ta mère est trop fatiguée pour le moment. Mais tonton Klaus ne devrait pas tarder, il y jettera un coup d’œil. Ça n'a pas l'air trop grave, ce n'est sûreme nt qu'une fracture et une vilaine plaie. En attendant, donne-le-moi, je vais le mettre au chaud. Et toi, en… Elystair… Eux ont l'air en pleine forme, me réprimande -t-il, quand il constate la présence des autres louveteaux.

— Oui, je sais. Mais ils m'ont suivi malgré mes protestations.

4

Je pense que leur mère a été attrapée par des braconniers.

— Je vois... souffle-t-il en fronçant les sourcils. Bon... nous règlerons cela plus tard. En attendant, va voir ta mère. Ta petite sœur est née, m’apprend-il en me faisant un grand sourire.

— Déjà ? Tu m’avais dit que ça prendrait des heures, je râle, mécontent, à l’attention d’Eydan, qui vient de nous rejoindre.

— Ça fait deux heures que tu es parti, je te signale.

— Ah... Désolé, je soupire avec embarras en tentant de contourner notre père pour rejoindre la maison. Mais là encore, je n'ai pas fait deux pas, que la petite tribu se met à me suivre, ignorant les protestations de mon père. Tandis que Wood, qu'il tient toujours dans ses bras, se met à geindre encore plus fort.

— Elystair, Elystair, Elystair, je l’entends souffler, avant de se mettre lui aussi à me suivre, accompagné d’Eydan. Nous entrons dans la maison, et je file directement à la buanderie pour changer de haut, de peur d’inquiéter notre mère inutilement. Puis, en compagnie d’Eydan, je prends la direction de la chambre de nos parents. En y entrant, nous y trouvons notre mère allongée au centre du lit, le téléphone collé à son oreille.

— Elystair ! s’écrit-elle en me voyant, laissant tomber son téléphone sur le lit. Elle me tend les bras pour m’inviter à un câlin que je me résigne à lui faire, sans pouvoir retenir une grimace.

— Mais où étais... Que font ces loups ici ! s'exclame -t-elle en se redressant, écourtant notre étreinte.

— Elys les a découverts dans la forêt. Ils sont vraiment magnifiques, je trouve, lui répond Eydan en caressant affectueusement la tête de l’un d’eux. Je contourne le lit pour rejoindre le berceau, que j'ai choisi avec mon père le mois dernier, enfin de découvrir notre petite sœur que nous attendons depuis bien trop de mois.

— Elle est toute petite, je chuchote en caressant sa joue rose.

— Ouais… Et tu as vu, sa tête ne fait même pas la taille de nos mains, ajoute Eydan en plaçant sa main à côté du visage de notre sœur, nous faisant rire face à la différence de taille.

— Elle est magnifique. Ça valait le coup d'attendre. Comment s’appelle-t-elle ?

5

je demande sans lever les yeux du berceau.

— Enya, répond papa depuis l’autre côté de la chambre, où il est toujours posté avec Wood dans les bras, qui semble aller mieux.

— C'est joli, j’aime bien, dis-je alors que les doigts d’Enya se referment autour de mon petit doigt. Je peux la prendre dans mes bras ? je leur demande, hésitant.

— Bien sûr. Mais n’oublie pas de bien tenir sa tête, me rappelle maman. Suivant ses conseils, je prends ma petite sœur dans mes bras, la berçant doucement tandis qu'elle retombe paisiblement dans le sommeil. À l’arrivée de notre oncle Klaus, je dépose Enya puis attrape Wood dans les bras de mon père pour aller à sa rencontre.

— Tonton ! je m'exclame en sortant de la maison alors qu'il n'a pas encore quitté son pick-up.

— Qu’est-ce qu’il y a, Elys ? me demande -t-il tout en descendant de voiture.

— Tu pourras jeter un coup d’œil à la patte de Wood ? Je l'ai trouvé pris au piège dans la forêt et sa mère... Enfin, leur mère n'était nulle part en vue, alors je l'ai ramené, mais maman est trop fatiguée pour s'en occuper, je lui demande en lui tendant Wood.

— D'accord, mon grand , ça ne me semble pas très grave. Mais garde-le encore un peu, le temps que j'aille voir ta mère et ta petite sœur, me dit-il en déposant un baiser sur mon front.

— Pas de problème, on sera dans ma chambre. Elle s'appelle Enya, elle est toute petite, dis -je encore émerveillé de l’avoir rencontrée, avant de le suivre à l’intérieur et de monter dans ma chambre. À la suite de quelques examens et un plâtrage en bonne et due forme, il s'avère que Wood a bel et bien la patte cassée. Mais sa blessure n’est que superficielle malgré toute la quantité de sang qui en est sortie. Il devrait être sur ses quatre pattes dans quelques semaines. Après avoir dit un dernier « bonne nuit » à Enya et ma mère, je rejoins ma chambre, suivi de Wood. Je suis heureux de constater qu’il parvient déjà à se déplacer sur ses trois seules pattes. Son frère et ses sœurs, ravis de l’avoir retrouvé, nous emboîtent le pas. Je laisse à tout le monde le temps de prendre sa place sur mon lit, puis j’éteins la lumière. Je commence à sombrer dans le sommeil quand des petits coups se font entendre contre ma porte, faisant se dresser douze oreilles.

— Je peux venir dormir avec toi ?

6

demande Eydan en passant sa tête par l’entrebâillement de la porte.

— Bien sûr, dis-je en me rapprochant des louveteaux pour qu'il puisse s'allonger derrière moi, comme nous en avons l'habitude. Une fois qu'il a pris place, il enroule doucement son bras autour de mon torse et pose sa tête au creux de mon cou, m'apportant une vague de calme qui me détend instantanément.

— Tu as vraiment fait peur aux parents, murmure -t-il une fois installé, tandis que les bébés, soulagés que le nouveau venu ne soit pas une menace, se rendorment.

— Je ne comprends pas pourquoi, je murmure en regardant Wood qui s'endort tout doucement non loin de mon visage, ne montrant plus aucun signe de douleur.

— Quelqu’un a téléphoné, c’était un ami de maman, je crois. Si j'ai bien compris, ils parlaient d'un loup retrouvé mort non loin d'ici et de braconniers qui se sont échappés. Mais je ne suis pas sûr, ils se sont enfermés dans la chambre. C'était juste après que je suis allé faire un tour en forêt pour te retrouver. Toucher ce piège n’était pas très malin, ces hommes auraient pu être encore dans les parages, m’explique -t-il en resserrant son étreinte autour de moi. Comme pour se rassurer, lui aussi, que je suis sain et sauf. Comprenant qu’il a été tout aussi inquiet, mais ne trouvant pas les mots pour le rassurer, je me contente de nouer nos doigts ensemble et de les poser contre mon cœur.

— Je t'aime, souffle -t-il en frottant doucement sa joue contre la mienne, une habitude que nous avons depuis petits. Avec lui, je n’ai aucun problème à être physiquement proche. Le fait que nous soyons de vrais jumeaux y est sûrement pour beaucoup. L'avoir dans mes bras, c'est comme me faire un câlin à moi-même. Et puis... c'est la personne que je connais le plus au monde, celle sur laquelle je sais que je pourrais toujours compter. Cela doit peser dans la balance.

— Je t'aime encore plus, je lui réponds, avant de sombrer dans le sommeil.

7
Chapitre 1
Nouvelle élève
Eydan

— Je ne comprends pas pourquoi tu veux arrêter la natation. Ensemble, nous formons la meilleure équipe de relais. Des recruteurs des universités de tout le pays, et même des États-Unis, viennent nous voir nager depuis des années. Et l'an prochain, il y en aura encore plus. Si tu t'arrêtes, tu n'auras pas de bourse universitaire, dis -je à mon jumeau alors que nous nous préparons pour le lycée.

— Tant mieux. Ils offriront cette bourse à quelqu'un qui a vraiment envie de faire des études, me répond -il calmement, comme si ce qu'il disait était parfaitement rationnel.

— Tu ne veux plus aller à l'université ? je m’exclame, désarçonné par son annonce.

— Je n'ai jamais voulu y aller. Je l'envisageais uniquement pour toi. Mais, nous savons tous les deux que tu seras capable de t’en sortir sans mon aide, voire mieux, m’explique -t-il en haussant nonchalamment les épaules, une habitude qu’il a depuis gosse et qui m’a toujours énervée.

— Arrête de dire n'importe quoi. C'est avec toi que j'ai envie de partager cette aventure, pas avec de parfaits inconnus ! dis-je, ma voix s’élevant sous l'effet de la colère. Tu n'es pas obligé d'aller à l'université. Tu peux choisir une école, j'ajoute, plus calmement, conscient que ma colère ne ferait que le pousser à se refermer davantage, mettant fin à toute possibilité de dialogue.

— Maman et tonton m'ont déjà appris tout ce qu'il faut pour reprendre la clinique.

8

Ils m'ont même appris davantage. Aucune université, école ou autre ne pourra m'en apprendre plus. Alors, fais-toi une raison, s'il te plaît, Eyd. Je sais que toi, tu as besoin de partir, mais pas moi. Cette ville me convient.

— Tu rigoles, j’espère ? Nous sommes à peine plus de mille dans ce fichu village. Et les trois quarts te regardent comme si tu étais bon à enfermer. Alors, ne me dis pas que tu es heureux ici ! je m’exclame, m'emportant plus que de raison.

— Eydan… Je n'ai pas dit que j'étais heureux ici. Je te dis juste que je n'ai pas besoin de partir, dit-il, toujours aussi serein, en posant son front contre le mien pour m’aider à retrouver mon calme. Ce qu'ils pensent m'importe peu. Ça ne devrait pas t'importer non plus. Ils peuvent bien parler dans mon dos, ils continueront à m'apporter leurs animaux. La nature humaine est comme ça... bizarre. Cette forêt, c'est ma maison. Et oui, je sais qu'il y a beaucoup d'autres forêts, mais elles ne sont pas ma forêt, ajoute-t-il avant de décoller son front du mien et de sortir de sa chambre, prêt pour le lycée. Bien qu'un vieux denim troué, un t -shirt blanc et sa paire de chaussures de montagne ne soient pas vraiment des vêtements appropriés pour aller en cours. Il projette certainement d’aller se promener en forêt en fin de journée. Ayant même attaché ses cheveux mi-longs, comme les miens. En soupirant, pour bien lui signaler ma désapprobation, je lui emboîte le pas et nous rejoignons côte à côte notre famille autour de la table du petit-déjeuner.

— C'était pourquoi cette dispute, les garçons ? nous demande notre père, Marrec, alors que nous nous installons.

— Rien, je marmonne en déposant un baiser sur le front d'Enya, puis en prenant place entre elle et Elys, face à nos parents.

— Eyd ne veut pas que j'abandonne la natation l'année prochaine, sinon je n'aurai pas de bourse pour aller à l'université, lui répond Elys, ayant une aversion, plutôt très prononcée, pour les secrets et les non-dits.

— C’était surtout parce qu'il ne veut pas aller à l’université. Il vous l’avait dit ? je demande en essayant de rester calme, sachant que mes parents refusent toute discussion quand je suis en colère. Et cela m'arrive de plus en plus souvent ces derniers temps, sans que j'arrive vraiment à en comprendre les raisons malgré l’aide de ma psychologue.

9

— Premièrement, nous pouvons payer l'université pour vous deux, même pour vous trois, sans aucun problème. Mais merci de travailler autant pour obtenir une bourse. Deuxièmement, non, Elystair ne nous en avait pas parlé. Mais il n'a pas besoin de le faire pour que nous le soutenions dans sa décision. Et pour finir, vous êtes tous libres de faire ce que vous voulez. Je ne veux pas que vous vous sentiez obligés de vous justifier auprès de nous. C'est votre vie, et vous pouvez la mener comme bon vous semble. Nous sommes vos parents, pas vos geôliers. Si Midriver n'est qu'une étape dans votre vie, très bien. Si c'est là que vous souhaitez passer le reste de votre vie, cela nous convient tout autant, dit notre mère, tandis que notre père acquiesce vigoureusement de la tête pour montrer son approbation.

— Alors, vous ne ferez rien pour le convaincre d'aller à l'université ? je leur demande, dépité. Bien que cela ne me surprenne pas vraiment. Ils nous ont toujours laissé faire nos propres choix, sans jamais intervenir, sauf si nous le leur demandions. D'habitude, je leur en suis reconnaissant. Mais pas cette fois . Pas alors qu'ils sont contre moi.

— Non. Tout comme nous n'interviendrons pas dans ton choix d'université, même si tu décides d’en choisir une à des milliers de kilomètres de nous, me répond notre père en esquissant un sourire.

— On vit dans un tel trou perdu que, peu importe celle que je choisirai, elle sera forcément loin de vous, je réplique, cynique, avant de quitter la table, puis la maison. Pour évacuer ma frustration et ma colère, je me mets à marcher de long en large, essayant de calmer les tremblements de mes mains. Une fois apaisé, je m'assois sur la première marche de la terrasse à l'arrière de la maison. De là, j'ai une vue sur notre pi scine et son eau turquoise bordant la forêt verdoyante, ainsi que sur l'arrière de la maison de nos voisins. Cette maison est inoccupée depuis une dizaine d'années, soit l’époque du décès, à quelques mois d'intervalle, du couple de personnes âgées qui y vivait. Leurs enfants, qui ont quitté Midriver depuis longtemps, avaient payé des gens pour maintenir la maison en état. Mais ils ont finalement décidé de la mettre en vente il y a quelques mois. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, un couple de quadragénaires et leurs deux enfants ont décidé de l'acheter il y a moins d’un mois, d'après ce qu'on dit en ville.

10

J'ai eu du mal à y croire, d'autant plus que les rumeurs prétendent qu’ils arrivent tout droit de la Grosse Pomme.

Du moins, j’ai eu bien du mal à y croire jusqu'à maintenant.

Car il y a un parfait inconnu, environ de mon âge, qui est assis sur une chaise pliante dans le jardin des voisins, les yeux braqués droit sur moi. Bien que je sois assez loin de lui, je n'ai aucun mal à voir à quel point il est beau à couper le souffle . Avec son teint de porcelaine et ses cheveux blond platine, si clairs que j'ai du mal à distinguer sa coupe, il est difficile de ne pas le remarquer. Ne sachant quoi faire, je lève la main et lui fais un petit signe. Il me répond en retour, sans me quitter des yeux un seul instant. Un petit rictus venant étirer un coin de ses lèvres.

— Eydan... Je sursaute et lâche le bout de bois que j'ai entre les doigts, détournant mon attention de l’inconnu.

— Elystair ! Putain, tu m'as fait peur, je m'exclame en me levant pour me tourner vers lui, espérant qu’il ne m’a pas vu fixer le voisin.

— Désolé, ricane -t-il. Je venais juste te dire que papa, tonton et Enya vont bientôt partir. Si tu veux leur dire au revoir, c'est maintenant, m'informe-t-il avant de faire demi -tour pour rentrer à nouveau dans la maison.

— Attends, Elys ! je l ’interpelle en tendant le bras pour attraper le sien. D ésolé de m'être énervé. Maman et papa ont raison, tu es libre de faire tes propres choix sans que ton rabat- joie de frère ne vienne te crier dessus.

— Je comprends que tu ne comprennes pas forcément mes décisions, mais je veux juste que tu les acceptes, me dit -il avec sa sagesse légendaire.

— Et si l’on passait un marché ? je lui propose, refusant de me résigner aussi vite.

— Propose toujours, me répond-il d'un ton bougon.

— J'entends parfaitement que tu ne souhaites pas y aller. Mais il ne faut jamais dire jamais. Alors, accepterais-tu au moins d'envoyer des candidatures ? Juste pour avoir une porte de sortie au cas où tu changerais d'avis. On ne sait pas ce qui peut se passer en un an. Cela ne t'engagerait à rien.

— Tu es vraiment chiant, tu le sais, ça ? r éplique-t-il en secouant la tête.

— Ça veut dire oui ?

11

je m'exclame en sautillant presque sur place, alors qu'il me dépasse pour contourner la maison.

— Ça veut dire tu me fais chier ! crie-t-il sans se retourner, ce qui me permet de lui sauter sur le dos sans qu’il ne puisse s’y préparer, nous faisant presque tomber par terre. Il parvient à nous remettre d'aplomb sans problème. Et j’en profite pour frotter ma joue contre la sienne avant d'y déposer un bisou et de descendre de son dos, mon sourire et ma bonne humeur retrouvés. Sans attendre, nous rejoignons nos parents de l'autre côté de la maison, où ils nous attendent avec notre petite sœur et nos oncles. Il y a Endy, le petit frère de notre mère, qui n'a que six ans de plus que nous et qui gère avec elle à la clinique vétérinaire, et Klaus, le grand frère de notre père. C’est avec ce dernier que notre père et notre sœur partent pour un mois entier, accompagnés de tous les huskys et chiens- loups de notre élevage, afin de vendre certains chiens et de faire féconder quelques femelle s. Le seul véritable point négatif de ce voyage est qu'ils emmènent aussi nos six loups pour leur examen de santé annuel par un spécialiste.

— Ah ! Vous voilà, maugrée Klaus à notre arrivée. On commençait à croire que vous vous étiez perdus.

— On... marchandait, je lui réponds, alors qu’Elys secoue à nouveau la tête, tout en se penchant pour prendre notre sœur dans ses bras.

— À propos de quoi ?

— Elystair ne veut pas aller à l’université, mais j’ai réussi à le convaincre d’envoyer des candidatures pour avoir le choix plus tard, dis -je fièrement en prenant à mon tour Enya dans mes bras pour lui faire un câlin, elle qui aime autant cela que moi. Après de nombreuses embrassades, ils montent tous dans le van, prêts pour les quatre heures de route qui les attendent. Pendant ce temps, maman et Endy montent dans le 4x4 de notre mère, tandis que je prends place du côté passager de la Jeep d’Elys, où il est déjà installé, le moteur allumé et prêt à partir pour le lycée. Nous effectuons le trajet en silence, chacun plongé dans ses pensées, les miennes me ramène nt sur la terrasse et la vision de notre nouveau voisin.

12

— On se voit en cours, dis -je en descendant de la voiture, prêt à rejoindre mes amis, sachant qu’Elys va directement rejoindre la salle de classe sans traîner, n'étant pas du genre à socialiser si ce n’est pas nécessaire.

— Ouais à tout à l'heure, me lance-t-il en descendant à son tour sans me prêter plus d’attention. Je le regarde s'éloigner vers le bâtiment des sciences, attirant quelques regards sur son passage. Le nez plongé dans l'un de ses livres de science, il ignore tout ce qui l'entoure, bien qu'il parvienne, par je ne sais quel miracle, à éviter les collisions avec les autres. Lorsqu'il disparaît enfin dans le bâtiment, je me dirige dans la direction opposée.

— Salut, Eyd, me salue Mattéo, mon meilleur ami, en me donnant une tape dans le dos avant de me faire la bise.

— Salut, je lui réponds en lui rendant sa bise, juste avant qu'une tornade blonde ne me saute dans les bras, plaquant sauvagement ses lèvres contre les miennes. Rachel… je souffle en me détachant d'elle et en l'éloignant fermement, ce qui me permet de voir Mattéo lever les yeux au ciel en se détournant. Ce n'est pas la première fois que je le vois réagir ainsi en sa présence, bien que je ne lui aie jamais posé de question à ce sujet. Je devrais en parler avec lui, mais je n’ai pas encore trouvé le temps ni la motivation.

— Coucou, mon chou ! s'exclame Rachel en essayant de se coller à moi. On ne t'a pas vu de tout le week -end. Qu'est-ce que tu as fait ? Tu as joué avec les loups et ton frère ? demande- t-elle sarcastiquement, faisant rire quelques -uns de ses amis, mais le regard que je lui lance, la fait se stopper net.

— Si ta question est de savoir si j'ai passé le week-end avec ma famille, alors oui, je lui réponds, la mâchoire serrée. Je me dégage de ses bras afin de rejoindre mes coéquipiers de natation.

— Je ne comprends vraiment pas ce que tu lui trouves, crache Matt en secouant la tête avec dégoût. Elle a un petit pois en guise de cerveau et, en plus, elle est méchante.

— Ce n’est ni pour son intelligence ni pour son caractère que je suis avec elle, je réplique juste avant que la sonnerie du début des cours retentisse, faisant rire tous les mecs sauf lui.

— Je te connais, être avec elle, ce n’est pas vraiment toi, me souffle-t-il à l’oreille avant de me dépasser pour se rendre à notre premier cours.

13

Je lui emboîte le pas, ignorant ses derniers mots, aussi royalement que les signes de la main que Rachel m’adresse. Les deux premières heures de chaque journée sont les seules où Elys et moi ne sommes pas ensemble. J'ai choisi la littérature anglaise, tandis qu'il a opté pour les mathématiques renforcées. Chacun ses goûts. Une autre particularité de nos journées, du moins de celles d’Elys, est qu'il est toujours assis seul. Bien que ça n'a pas toujours été le cas. Nous partagions la même table jusqu’à il y a quelques années. C’était avant qu’il ne décide que j’étais trop bavard et que je le déconcentrais. C’est donc avec grande surprise que je découvre une charmante blonde, que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, assise juste à côté de lui. Bien que la blondeur de ses cheveux me donne une petite idée de son identité. Sa tête, penchée sur son cahier, m’empêche de voir clairement son visage, mais je remarque qu’elle semble mal à l’aise. Je rejoins ma paillasse dans la rangée du milieu, quelques rangs derrière eux.

À la fin de l’heure, je suis certain de deux choses : Elys n’a même pas remarqué la présence de sa nouvelle voisine, et elle a l’air aussi bavarde que lui. *** L'entraînement de natation terminé, je me rhabille en vitesse tandis qu’Elys continue de faire quelques longueurs pour se détendre. Je rejoins sa voiture et m’installe sur le capot, les yeux fermés, pour profiter du doux soleil de ce mois de juin qui réchauffe ma peau avec délectation. Mais mon répit est de courte durée. Alors que je commence à ressentir les bienfaits des rayons, un raclement de gorge se fait entendre à quelques pas de moi, me tirant un grognement.

J’ouvre les yeux, me redresse et tourne la tête pour découvrir, avec stupéfaction, Amber et le beau jeune homme de ce matin, à moins d'un mètre de moi.

— Euh... Salut, les voisins, dis-je en m'asseyant sur le bord de la voiture, laissant mes jambes pendre dans le vide face à eux.

— Salut, me répond l'inconnu, tandis qu'Amber me fait un petit signe de la main et un sourire. Puis elle commence à bouger ses mains, me laissant un moment perplexe, avant que je ne comprenne qu'elle utilise la langue des signes. Voilà pourquoi elle n'a pas échangé un mot avec Elys…

— D'accord. Alors, elle te dit : « Salut, Elystair, le prof de sciences m'a demandé de venir te parler pour qu'on puisse s'organiser pour le projet de fin d'année.

14

Je ne serai pas notée, car je suis ici uniquement pour faciliter mon intégration l'an prochain. En résumé, elle a déjà passé ses examens finaux dans notre ancien lycée et passe ces dernières semaines de cours ici pour rencontrer du monde et ne pas être une étrangère complète à la rentrée, alors qu'elle sera déjà installée ici depuis plusieurs mois.

— Euh... ok. Et toi, tu ne fais pas ce programme d'intégration ? je lui demande, sans trop savoir pourquoi.

— Non, j'en ai terminé avec le lycée, me répond -il en souriant, bien que son regard trahisse une certaine tristesse.

— La chance... je souffle avant de me rappeler la raison de leur présence. Et... euh... je suis Eydan.

— Pourtant, le prof lui a dit que tu t'appelais Elystair, me traduit-il à nouveau, en fronçant les sourcils. Sa remarque me fait sourire, tandis que mon frère émerge des vestiaires juste derrière eux.

— Ce prof n'a pas toujours raison, tu peux me croire, mais cette fois-ci, il ne s'est pas trompé. Je suis Eydan et Elystair, c'est lui, dis-je en le désignant, alors qu’il arrive à notre hauteur, extrêmement concentré sur son catogan qu'il essaie, sans succès, de démêler. Je vous présente Elystair. Elystair, voici Amber et… son frère.

— Eliott, se présente ce dernier en me souriant à nouveau.

— Enchanté, les salue Elys en levant à peine les yeux dans leur direction. Tu peux m'aider ? Je n'arrive pas à défaire ce satané cuir, me demande -t-il en s'appuyant contre la voiture, son bras utilisant ma cuisse comme accoudoir.

— Je m’en occupe, dis-je en lui prenant des doigts. Amber voulait savoir comment tu souhaitais t'organiser pour le projet de sciences, le prof vous a mis ensemble.

— Ah… euh… d'accord. Mais je l'ai déjà terminé. Pour ta note, tu ferais mieux de te mettre avec quelqu'un d'autre. Demande à travailler avec Eyd et Matt, leur projet est vraiment bien, ajoute-t-il à l'intention d’Amber, en passant plusieurs fois la main dans ses cheveux encore humides, embarrassé. Il faut dire pour sa défense qu'il n'est pas habitué à avoir un binôme imposé. Et si c'est vraiment nécessaire, comme pour la natation, il se met directement avec moi, sans laisser le choix au professeur ou à moi.

— Elle n'est pas notée, c’est juste une période d’intégration, autant qu'elle reste avec toi.

15

Tu peux lui faire découvrir la forêt et lui présenter la faune et la flore, ça devrait suffire, dis -je en finissant de défaire son catogan avant de le lui rendre.

— D'accord… ça me va, capitule -t-il après quelques secondes de réflexion. On pourra faire ça ce week-end. Ou... le week-end suivant, se reprend-il en voyant mon regard noir. Car il sait très bien , tout comme moi, que nous avons une compétition à la fin de la semaine prochaine, l'entraîneur venant de nous le rappeler.

— Ça lui convient, nous traduit Eliott avec enthousiasme. Voyant qu’Elys n’a pas l’air ravi et prenant pitié pour lui, une autre solution me vient.

— Si ça vous dit, on pourrait… je commence à dire avant de m’interromps quand je relève les yeux, captivé par le regard bleu glacial d’Elliot, qui balaie d’un coup mes pensées et mes mots.

— On… euh… on pourrait aller tous les quatre jusqu'à notre chalet le samedi, y passer la nuit, puis redescendre le dimanche ? j’arrive finalement à proposer en tournant les yeux vers le sol.

— Oui, pourquoi pas ? Ça pourrait être sympa. On pourra en profiter pour mieux se connaître, s'enthousiasme Eliott, sans jamais détourner son regard que je sens fixer intensément sur mon visage rougissant.

— Parfait... Bon... on y va, dis-je en descendant du capot en me raclant la gorge. Sans attendre, je me précipite dans la voiture, priant pour que ma peau métisse ait masqué en grande partie ma gêne.

ET APRÈS ?

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Ce PDF contient le prologue et le chapitre 1 de One Day, Day One, Tome 1 Partie 1.

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